Journées du Collège 2003 – Dourdan VIII – 20-22 Mars – ADN mitochondrial (ADNmt) et qualité spermatique.

ADN mitochondrial (ADNmt) et qualité spermatique.

P. May-Panloup ; M.F. Chrétien ; P. Reynier.
PaMayPanloup@chu-angers.fr

è INTRODUCTION : Le lien entre mitochondries et qualité spermatique a été évoqué par plusieurs auteurs. Les fonctions mitochondriales sont sous la dépendance de l’ADNmt et il apparaît peu à peu que les anomalies de l’ADNmt des spermatozoïdes puissent conduire à une infertilité. Des mutations ponctuelles, des délétions et l’existence de certains haplogroupes d’ADNmt ont été mis en relation avec une altération de la qualité spermatique. Peu d’études se sont intéressées au taux d’ADNmt des spermatozoïdes et à son importance potentielle dans la fertilité. On sait qu’il existe une chute du nombre de copies d’ADNmt depuis les stades précoces de la spermatogenèse jusqu’au stade de spermatozoïde mature sans que l’on connaisse exactement le nombre de copies par spermatozoïde apte à féconder l’ovocyte, son rôle exact dans la transmission uniparentale de l’ADNmt, et par extension des risques potentiels de l’utilisation de certaines techniques d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP).

è MATERIEL ET METHODES : Chez 32 patients présentant un spermogramme normal et 35 patients montrant une altération d’au moins un paramètre spermatique (selon les critères de l’OMS), nous avons utilisé une technique de centrifugation sur gradient 3 couches de puresperm suivie d’une migration ascendante pour sélectionner les spermatozoïdes mobiles issus des couches de densité 40% et 100%. Après extraction de l’ADN de chaque fraction de migration, nous avons utilisé une technique de PCR quantitative en temps réel afin de quantifier dans chaque extrait,  le nombre de copies d’ADNmt et le nombre de copies du gène de la b globine correspondant au nombre de génomes nucléaires haploïdes présents au sein de l’échantillon. Nos résultats ont été analysés sous la forme d’un ratio  ADNmt/ADNnucléaire correspondant au taux moyen d’ADNmt par spermatozoïde au sein de l’échantillon considéré.

è RESULTATS : Le nombre moyen de copies d’ADNmt par spermatozoïde collecté à partir de la fraction 100% était de 1.4 pour les spermes normaux, de 6.1 pour les spermes présentant au moins un critère spermatique anormal et de 9.1 pour les spermes présentant plusieurs anomalies spermatiques. Ces résultats sont très significatifs p < 0.0001. Par ailleurs, le nombre moyen de copies d’ADNmt dans les spermatozoïdes issus des couches 40% (qui retiennent une grande majorité de spermatozoïdes anormaux) était de 17.1, ce qui est significativement plus élevé que dans les spermatozoïdes issus des couches 100% sensées retenir les spermatozoïdes les plus potentiellement fécondants (p < 0.001).

è CONCLUSION : Nous avons déterminé que le nombre moyen de copies d’ADNmt par spermatozoïde humain mobile était de 10.1 (toutes fractions spermatiques confondues). Ce nombre de copies est significativement plus élevé d’une part dans les spermes anormaux et d’autre part dans la fraction qui contient les spermatozoïdes les moins normaux d’un même sperme. Ceci suggère qu’il existe un lien direct entre le taux d’ADNmt et la qualité spermatique donc avec la fertilité masculine. Ces résultats laissent supposer par ailleurs, que la transmission uniquement maternelle de l’ADNmt est au moins pour partie, liée à un taux très faible d’ADNmt dans les spermatozoïdes fécondants. Il ne peut donc être exclu que l’utilisation en AMP (par le biais de l’ICSI notamment) de spermatozoïdes anormaux voire immatures contenant des taux d’ADNmt inhabituellement élevés mette en péril la transmission de l’ADNmt et le développement embryonnaire.